Comme dans la personnalité de celui qui le porte, il y a dans le nom de Grigri Blue une part de mystère; celui que charrie notamment le Blues, dont notre hobo des bords de Loire a fait son miel. Voilà huit ans que ce chanteur à la voix cramée de "fuel injector" - comme disait Ry Cooder à propos de son compatriote américain john Hiatt - écume les cabarets, les salles spécialisées (l'Olympic et le Pannonica, à Nantes, notamment), des festivals (comme celui de Vannes ou des Rendez-vous de l'Erdre). En 2002, il avait sorti en autoproduction un cinq titres "Ligérie", dont le titre à lui seul dit l'attachement que porte Grigri Blue à sa terre natale, irriguée par son Mississipi à lui. Son deuxième opus "Loup pour l'Autre", n'est pas vraiment une nouveauté puisqu'il a vu le jour fin 2005. Mais ce serait dommage de ne pas le commenter avant que ne déboule un troisième disque, encore plus abouti. Déjà, il y a de quoi espérer très fort sur ce second CD, presque trop généreux : 15 titres et 73,36 minutes d'écoute. Il y avait probablement mieux à faire que la photo de pochette sur laquelle Grigri Blue est littéralement bouffé par des tags anguleux. Mais bon, c'est secondaire par rapport à un contenu à haute tension qui raconte les humaines faiblesses, les injustices dont sont victimes les opprimés, l'arrogance des nantis, la solitude. "On voudrait rattraper / ceux qui marchent devant / plutôt que de courir / après soi en dedans", chante le héraut sur la Vie en grand, un des trois morceaux enrichis par la guitare virtuose de Rudy Roberts; une chanson assez classique plutôt qu'un Blues pur et dur, ce qui préserve l'opus du monochrome et du monolithique. Même si c'est quand même le Blues, acoustique (splendide Riverside Blues) ou électrique, qui en forme la solide trame. Pas besoin de se forcer beaucoup pour céder à cette voix rauque, à ce phrasé et à ces mots qui, pêle-mêle, renvoient à Tom Waits, Mano Solo, Bill Deraime, Léo Férré, Richard Desjardins. Chapeau aussi pour la façon dont Grigri Blue rend hommage aux Indiens et à leur histoire dramatiquement chahutée. Encore un petit effort pour élaguer dans les textes et resserrer quelques boulons.
PLACE PUBLIQUE - Nov / Déc 2007
Il y a parfois des disques qui, comme ce « Loup pour l’autre », arrivent au milieu des autres, dans une pochette presque quelconque si l’on n’y prête pas attention, et brusquement c’est la baffe, la grande claque. Respectueux des traditions, on tend l’autre joue, histoire de bien se rendre compte que l’on n’a pas bondi parce que les autres CD du moment sont vraiment trop moyens. Que non, que non, car ce Loup est indéniablement un Loup pour les autres, un loup de race, au pedigree presque maigrelet pour cause de discrétion du bonhomme, mais que ce Loup là est bon, très bon. Le monde prospère, premier titre en acoustique et bourré de Delta feeling, vous fait vibrer d’entrée ; la voix est chaude, comme passée à la râpe, expressive à l’extrême. Dès le second titre, La vie en grand, et son intro à la guitare électrique, vous comprenez que ce Loup là est féroce, et que ses crocs sont ses mots et ses grattes. Que ce soit en anglais ou en français, Grigri Blue assure, signant 15 titres bourrés la gueule de mots tendres, de cris d’amour ou de colère, comme dans ce Loup pour l’autre qui débute par des paroles signées G.W. Bush. Façon Dylan ou Joan Baez, Grigri se fait porte-voix des opprimés, des laissés pour compte, des trahis ou des décimés, comme dans ce superbe Leavenworth Blues dédié aux indiens d’amérique. Riverside Blues vous retournera les tripes et Iwanyaka vous fera dresser les poils, en moins de 2 minutes 45 ; incontestablement un grand, un très grand album de Blues, signé par un grand, un très grand Loup solitaire, que je verrais bien en chef de meute d’un certains Blues français. Respect, Monsieur.
Frankie Bluesy Pfeiffer - BLUES MAGAZINE - Juin 2006
Imaginez une jungle urbaine faite de montagnes en béton, d’arbres aux branches de métal, de plaines de bitume ornées d’usines en jachères dont les murs sont couverts de mousses et de végétations graphiques et graphées. Cette nouvelle nature industrielle est le territoire de Grigri Blue. Ce bluesman, à travers de ce deuxième album, réussit subtillement à nous convaincre d’accepter la part animale qui est en nous, source de conflits mondiaux, de guerres, d’injustices et d’inégalités. L’homme, un singe qui chasse comme un loup, un loup pour l’autre. La pochette résume très bien ce message et la voix(e) profonde et intemporelle de Grigri invite l’auditeur à un voyage musical métissé, empruntant divers chemins et rivières menant vers nos racines, et tourné aussi vers l’avenir. Un blues roots et moderne influencé par la ville et cette jungle qui nous entoure. à écouter impérativement !!
Romain Fustenberg - TOHU BOHU - Mars 2006
Artiste Franco-Ligérien, Grigri Blue est un de ces personnages à la voix tellement éraillée qu’elle semble naturellement faite pour chanter le blues … En solo, en duo, en trio ou en quartet, Olivier Le Ray porte donc son art sur les scènes depuis 1999 et suit les rives de son Mississippi à lui pour partager avec son public le blues du delta de la Loire. Une démo en 2000 et un premier album en 2003 auront vite fait de le faire remarquer par le public et les organisateurs de festivals et c’est tout naturellement que Grigri Blue passera par Jazz à Vannes ou par les Rendez-vous de l’Erdre avant de revenir dans les bacs avec un nouvel opus très coloré où il invite ses influences les plus diverses à le rejoindre au détour d’un titre folk ou d’un autre plus roots … Grosses sensations en perspective !
Essentiellement enregistré en configuration guitare plus chant, « Loup pour l’autre » laisse beaucoup d’espace au versant sensuel d’un artiste qui ne mâche pas ses mots et qui revendique ses engagements comme d’autres arborent une cocarde. Guitariste vertueux et travailleur, Olivier Le Ray n’hésite pourtant pas à faire appel à ses pairs, les Philippe Ménard, Rudy Roberts ou Jean-Mi Leduc et convie à l’occasion un harmonica, un bodran, un dobro, un washboard ou un washtub à venir donner un petit cachet vintage à ses morceaux les plus aboutis. Rappelant autant Dylan ou Johnson que Ferré ou Brassens, Grigri Blues décloisonne le blues et le sort des sentiers battus pour lui faire prendre des chemins de traverse souvent inspirés, parfois inattendus. On salue la précision des musiques et le grain râpeux de la voix qui savent parfaitement mettre en avant l’audace d’un « G8 Blues » ou d’un « Loup pour l’autre », l’ingéniosité d’un « La vie en grand » ou d’un « Long Lonesome Road Blues », la finesse d’un « Ywanyaka » ou d’un « Leo’s Ballad » et les excès de superposition en tout genre d’un « Quel blues m’a piqué ? ». Parvenu à trouver un juste milieu entre ses passions et ses aspirations, Grigri Blue nous livre un album qui lui ressemble, à la fois fort, généreux et sincère. A consommer sans modération !
Fred Delforge - ZICAZIC.COM - Mars 2006
Après un premier CD de 5 titres, Ligérie, déjà fort convainquant, Grigri Blue sort l'album "longue durée" (c'est le cas de le dire : presque une heure un quart ! Généreux, le bonhomme !). Situées au carrefour d'influences diverses, du rock mélodique à la chanson française dite "à texte" au blues le plus pur, les racines de Grigri Blue s'enfoncent profondément dans le terreau fertile de l'inspiration vraie, celui qui fait les artistes au sens noble du terme, qui créent dans l'urgence, pour lesquels l'expression artistique est vitale.
Sa voix grave et éraillée ne fait qu'ajouter à ce sentiment de nécessité absolue qui surgit de ses CD à peine se mettent-ils à tourner. Comme une gifle au beau milieu de la routine du quotidien. C'est ça Grigri Blue : un réveil en sursaut, un éveil à la réalité, aux réalités pas toujours très gaies d'un monde qui laisse ce moderne trouvère tantôt révolté, tantôt désabusé, jamais soumis. Parfois la porte s'entrouvre sur le rêve, le surnaturel, le fantastique, et c'est le diable lui-même qui en profite pour venir vous balancer son blues en pleine poire, entre une mouche, Big Brother, le peuple sioux et l'émerveillement de l'auditeur qui croyait le temps des poètes révolu.
Non content d'être un chanteur possédé, Grigri Blue joue de sa guitare acoustique avec une dextérité certaine, parfois seul, parfois entouré d'autres instrumentistes, comme par exemple Philippe Ménard sur un titre. Alors bien sûr, bien que le vrai blues ne soit pas oublié, on est souvent loin des fameuses 12 mesures. Mais les mélomanes ne s'arrêteront pas à ces détails. La musique est belle, les textes profonds, sincères, la voix superbe, et à moins d'être doté d'un cœur de pierre, on ne saurait rester indifférent à Loup pour l'autre.
René Malines - VIRUS DE BLUES N°6 - Février 2006
PRESSE " LIGERIE "
La première chose qu’on remarque avec ce disque, c’est l’incroyable soin apporté à sa présentation. Un véritable
digipack tout ce qu’il y a de plus professionnel, c’est rare pour un 5 titres. Si Grigri Blue se produit généralement
seul, plusieurs musiciens sont venus ici lui Prêter main forte. Ce qui enrichit certainement la sonorité, mais disons-le
tout net : pour l’avoir entendu jouer seul lors de l’Europa Blues Festival du Pouliguen cet été, ses textes profonds,
puissants, contestataires, et son jeu en acoustique, avec ou sans bottleneck, aux ambiances souvent dramatiques,
suffisent largement à poser le talent de ce natif des bords de Loire comme une évidence. Parfois blues, parfois
folk, voire plus exotique, la musique de Grigri est l’écrin idéal pour sa voix rauque qui nous chante ses amours, ses
espoirs, ses colères, ses frustrations aussi. L’homme est touchant, tant par ses notes et ses mots que par son attachante
personnalité perceptible sur le CD. Depuis quelques temps, on assiste dans le milieu du blues à une résurgence
d’une certaine tradition francophone qu’on appelait la chanson française – pas grand-chose à voir avec la variété
d’aujourd’hui - porteuse d’une indéniable qualité de textes aussi riches par la forme que par le fond. Grigri Blue fait
partie de ces artistes d’un renouveau salvateur, et on ne peut que lui souhaiter une audience de plus en plus large.
Nous en avons autant besoin que lui.
René Malines - VIRUS DE BLUES N°4 - Février 2004
Cigarillo au coin des lèvres, Grigri Blue est assis, seul, dans une pièce du centre socioculturel où il travaille. Il s'est retiré dans cet endroit calme pour une discussion intime sur son travail d'artiste. Barbe généreuse et élégante, longs cheveux de jais soigneusement attachés, Grigri Blue parle avec la même voix que lorsqu'il chante. Grave et sincère. Il dégage une vibration de liberté et de créativité, une maturité toute humble acquise par une culture ouvrière du travail. Et dorénavant, il entend les bourdonnements élogieux de la critique. Pour un nouveau venu qui n'a sorti qu'un premier album ("Ligérie"), Grigri Blue est un nom qui se répand comme une bonne nouvelle. Sa musique pourrait être qualifiée de Blues du delta de la Loire, mais Grigri Blue a l'imaginaire voyageur. Des musiciens prestigieux comme le jazzman Jean "Popof" Chevalier, ou le guitariste Rudy Roberts, sont venus jouer sur ce premier album original qui annonce déjà le musicien hors norme. " C'est une chance énorme ", déclare-t-il. " Par le biais de tremplins musicaux, Jean-Michel Leduc m'a repéré et m'a permis d'enregistrer dans son studio. Là, j'ai pu laisser libre cours aux rencontres musicales ."
Jusqu'ici, l'histoire de Grigri Blue a été une odyssée réalisée en groupe (Magikall Roots, Blue's Band). En 2002, commence l'aventure solo. Processus qui lui permis d'exprimer "son" Blues, de préférence en français. " En ce moment je dis à mes amis que c'est pas moi qui a choisi le Blues mais que c'est lui qui m'a choisi ", confie-t-il. Des figures essentielles du Blues sont év*oqués : Robert Johnson, Charley Patton, Dr Patton, Ali Farka Touré, John Trudell. Ce dernier est souvent présent sur la platine disque de Grigri Blue. Pourquoi ? John Trudell est un Bluesman indien engagé à la cause identitaire de son peuple aux Etats-Unis. Avec sa sensibilité propre, Grigri Blue s'essaye également au chant en Lakota (dialecte des indiens du Dakota). A force de provoquer la magie, la réalité prend forme. Un projet d'échange avec les indiens du Dakota est en cours. Grigri Blue est un homme qui cultive sa liberté pour la rétribuer à ceux qui n'en ont pas autant. Comme un Haïku, il confie : " La chance n'est pas à l'extérieur de notre vie, mais à l'intérieur. Il faut la provoquer tous les jours ." Sa musique porte des accents Flamencos, utilise astucieusement le violon et les percussions. "Ligérie" donne a entendre des influences universelles et populaires en évitant les écueils du cliché "musique world". Rousseau dans son autobiographie (Les Confessions), disait " Quand je parle de moi, je parle de vous ." dit-il avant d'ajouter : " les valeurs humanistes et universalistes que véhicule sa pensée sont un dénominateur commun entre la relation qui s'établit entre mes textes et le public. Chacun peut s'y reconnaître ." D'où l'importance à composer des textes en français.
Plutôt que de pasticher les standards traditionnels américains, pour Grigri Blue, utiliser la langue de Molière est un gage d'authenticité du message. Le Blues en français permet de s'affranchir de clichés et de toucher plus simplement le public. Il souligne : " C'est un parti pris. Cela permet que mes textes soient compris et partagés au moment où je les chante. Les gens peuvent être emmenés dans l'histoire ." La musique, oeuvre d'un vagabond des genres, s'étire du Folk-Blues (Les gens disent) aux mélopées narratives métissées (Les bouts d'ailes, Like birds do), du Blues traditionnel (Fugitif Blues) aux incantations chamanistes (Bête noire Blues). C'est le reflet de la vaste gamme de style de musique qui ont influencé Grigri Blue quand il a grandi sur les bords de la Loire. Synthèse miraculeuse qui a la fraîcheur d'une eau vive et la saveur corsée d'un alcool longuement décanté. Il n'est pas élitiste quand il fixe les critères d'une bonne musique. Au contraire, il se fie plutôt à l'intuition. Grigri Blue défend les couleurs d'un art populaire érudit et joueur, qui serait instruit avant tout par la grande liberté de goût et de mouvement de ses créateurs. Ce sens de la perspective et cette hauteur de vue justifie la réussite artistique de "Ligérie". La discussion arrive déjà à son terme. Il se lève, il est presque temps pour lui de préparer un atelier musical avec des musiciens amateurs du quartier. A force de partage, Grigri Blue essaime en toute humilité l'esprit du Blues , à qui veut bien l'entendre.
L'Echo de L'Ouest - Janvier 2004
Un
digne artiste, toujours il porte un peu le monde
sur son dos ; toujours il a son univers, mais
qui est sans frontières ; toujours, quand
il se pose, il t'ouvre des territoires où
toi aussi tu crées. J'ai croisé
Grigri Blue. Il m'a chanté la Ligérie,
nation de ses ancêtres, et je me suis laissé
aller à en remonter le fleuve imprévisible,
entre marécages et bayous, embellies et
orages, jusqu'à sa source métissée.
Chateaubriand comme Rimbaud auraient goûté
ce voyage. Le guide parle français, mais
sait d'autres dialectes. Sa langue ne fourche
pas, et ses mots résonnent d'évidences,
de nues vérités qu'ailleurs on voile
où qu'on étouffe par trop de civilités
(Les gens disent).
Sa voix ou sa guitare, tantôt feulement
tantôt stridence et parfois borborygmes,
paradoxalement t'apaise... ' like a bird do '
sous les ciels inquiets, ou comme font ces chants
lakotas, de détresse ou d'espoir, avant
le mélange des sangs. Sang-mêlé,
Grigri Blue. Sang bleu de sa dignité d'artiste,
sang rouge d'humanité, venin de quelque
' Bête noire ' et verte tempérance
des rives de Ligérie. Je l'ai croisé
là-bas. ' Fugitif ' ainsi que le bonheur,
il a repris sa pirogue, remballé ses fleurs
séchées, ses mèches vaudous,
ses ' bouts d'ailes ', mais m'a fait don d'un
talisman : son disque.
Trois
Rivières Blues - Mai 2003
Le
chanteur guitariste est de retour avec sa profonde
voix de rocaille et d'eau vive. Des textes emprunts
de poésie, chantés en anglais, français
ou espagnol, un style mêlé de blues
et de jazz intégrant aussi bien la guitare
flamenca que l'oud algérien ou les rythmes
d'Afrique, une appartenance revendiquée
à l'univers de l'estuaire, avec sa faune
et ses marais, tout concourt à faire de
Grigri Blue l'une des personnalités musicales
les plus singulières et saisissantes de
la région. (...)
Ouest
France - Février 2003
Les
connaisseurs qualifient sa musique de "blues-roots-métissé".
Un style rare dans nos contrées, mais révèle
une forte identité. Olivier ne donne pas
dans le blues américain. Il faut chercher
les influences aux origines du délta-blues,
chez des artistes comme Robert Johnson ou Charly
Patton. Le côté "roots"
renvoie aux racines, spirituelles et géographiques.
(...)